Choisir la bonne terre pour réussir la plantation du safran

En France, plus de 80 % de la production mondiale de safran provient de cultures où le choix du sol fait toute la différence entre un parterre de fleurs éclatantes et un champ décevant. Cette statistique ne laisse aucune place à l’approximation : choisir la bonne terre pour planter du safran n’est pas un détail, c’est un passage obligé pour qui veut récolter l’or rouge du printemps.

Informations générales

Nom de l’espèce : safran de printemps (crocus) (Crocus vernus (L.) Colline)

Période de floraison : mars-avril, en toute première partie de la saison chaude

Ressources fournies : nectar et pollen*

Exposition : plein soleil

Terre : fraîche sans excès, drainante et souple

* Le point de vue d’un connaisseur

Le safran de printemps a tout pour séduire : beauté, utilité, générosité florale. Mais une question me taraudait : les abeilles sauvages s’y intéressent-elles autant que les abeilles domestiques ? On sait que ces dernières collectent le pollen de crocus, même s’il leur faut plonger profondément dans le tube floral pour atteindre le nectar. Mais du côté des butineuses sauvages, la motivation semble différente : elles s’attardent sur le nectar, peu sur le pollen. Or, la recherche de plantes adaptées à la vie des abeilles sauvages n’est pas anodine. Pour trancher, j’ai sollicité l’expertise du Dr Stanisław Flag.

Magnifique champ de safran (photo YT Wild Bees). Voici ce que m’a répondu l’expert :

Les crocus, qu’ils soient de jardin ou d’origine sauvage, attirent plusieurs espèces d’abeilles : l’osmie rousse (Osmia rufa), qui vole souvent dès les premiers jours d’avril et peut visiter les crocus si l’hiver traîne ; l’anthophore à pattes plumeuses (Anthophora plumipes), la brillante anthophore (Anthophora retusa), plusieurs bourdons comme Bombus lucorum, Bombus wurfleini, Bombus pyrenaeus, ou encore Bombus terrestris.

Mais le crocus n’est pas la source de pollen rêvée pour toutes ces espèces : la floraison est trop brève et trop précoce. Les abeilles sauvages émergent de l’hiver avec un besoin pressant d’énergie, donc de nectar. Ce coup de fouet leur permet de reprendre des forces (pour les mâles et femelles des osmies et anthophores, mais pas pour les autres mâles qui sortent plus tard), tandis que les femelles, à ce moment-là, utilisent de petites quantités de pollen pour activer la formation de leurs ovocytes.

Les abeilles domestiques, elles, se pressent sur le pollen de crocus et le ramènent volontiers à la ruche. Pour les autres espèces, ce pollen joue surtout le rôle d’appoint alimentaire, un ingrédient qui stimule leur capacité à pondre, mais qui ne suffit pas à lui seul. C’est ce qu’explique le Dr Stanisław Flag.

Description

Impossible de rester indifférent devant les crocus en fleurs ! Cette année encore, les images de ces pétales colorés pullulent sur les réseaux. Hier, à Wejherowo, un simple détour par un rond-point m’a offert un spectacle réjouissant : pelouses constellées de crocus, promesse vivante du retour des beaux jours.

Pour beaucoup, le crocus évoque d’abord le safran printanier (photo YT Wild Bees). On guette son apparition, parfois même sous les derniers résidus de neige, comme un signal implacable : le printemps s’impose. Sur les prairies d’altitude ou les zones piétinées par le bétail, le crocus surgit là où la nature le permet.

Certains passionnés n’hésitent pas à arpenter les montagnes pour admirer les crocus dans leur environnement naturel (photo YT Wild Bees). Mais la plante s’est fait une place dans nos vies : vivace décorative, elle orne aujourd’hui jardins, balcons, et même espaces verts urbains, semés par les municipalités pour égayer le quotidien de chacun.

Les crocus jouent sur la gamme du violet, mais on en croise aussi des jaunes et des blancs (photo : YT Wild Bees), Les souris raffolent aussi des crocus

Le safran printanier ne dépasse guère les 10 cm de haut. Sous terre, il dissimule un tubercule que les rongeurs apprécient autant que nous apprécions sa floraison. De ce bulbe partent des feuilles vert sombre, marquées d’une ligne blanche qui court sur leur longueur. Les fleurs, elles, émergent directement du tubercule. Selon les sources, un à deux boutons par bulbe, rarement plus. Leur forme rappelle un entonnoir, et la couleur varie selon la variété : violet profond, jaune lumineux ou blanc pur. Comme les pétales soudés forment un tube floral très allongé, seules les abeilles dotées d’une langue suffisamment longue accèdent facilement au nectar, ce qui limite la compétition parmi les butineurs.

Un bourdon affairé sur un crocus, profitant de la dose d’énergie du nectar, accessible grâce à sa longue langue (photo YT Wild Bees), Un éclat dans l’œil de l’abeille

On lit souvent que les abeilles « se ruent » sur les crocus. Cet engouement s’explique : à ce stade du printemps, les fleurs à butiner restent rares. Peut-être, aussi, ces butineuses savent-elles qu’elles visitent la cousine horticole de la plante qui donne la précieuse épice qu’est le safran. Pour rappel, le safran commercial (Crocus sativus) provient des stigmates orange vif de la fleur, bien différents de ceux du crocus vernus dont il est question ici.

Pour obtenir de nouveaux crocus, deux options : semer des graines ou planter des bulbes. La période idéale pour installer les bulbes court de la fin de l’été au tout début de l’automne. Petite consolation pour les jardiniers : parfois, même les souris laissent ces bulbes tranquilles.

Safran de printemps (crocus) (Crocus vernus (L.) Hill) (source YT Canal Abeilles sauvages)

Il n’est pas rare de surprendre une abeille solitaire, comme un Lasioglossum, glissant derrière un pétale de crocus, concentrée sur sa récolte (photo dzicyzapylacze.pl). Le ballet continue, discret et tenace, jusqu’à ce que la lumière du printemps inonde enfin tout le jardin.

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