En France, 83 % de la production éolienne repose sur des terres agricoles. Ce chiffre dit beaucoup sur la place que l’éolien peut occuper dans la vie d’une exploitation, non plus seulement comme toile de fond, mais comme véritable outil de gestion énergétique et de diversification des revenus. À l’heure où les coûts de l’électricité pèsent lourd dans les charges, beaucoup d’agriculteurs s’interrogent sur ce que peut concrètement leur apporter une installation éolienne.
Une source d’énergie taillée pour les besoins des fermes
L’électricité représente la seconde énergie la plus consommée dans le secteur agricole : 25 % des besoins pour les salles de traite et les laiteries, 20 % pour les locaux d’élevage et l’irrigation. Des postes qui grèvent le budget, et sur lesquels une éolienne agricole peut agir directement. Selon le dimensionnement choisi, une installation peut produire entre 10 000 et 65 000 kWh par an. Pour une ferme laitière de 100 vaches, la consommation annuelle tourne autour de 47 000 kWh : une éolienne bien calibrée peut donc non seulement couvrir ce besoin, mais générer un surplus revendable à un fournisseur d’énergie.
Les modèles dits de « petit éolien » (moins de 36 kW) sont particulièrement adaptés aux projets individuels en autoconsommation. Les éoliennes à axe vertical, plus compactes et moins bruyantes, fonctionnent même par vent faible et conviennent bien aux installations de ferme. Les machines à axe horizontal, plus performantes, s’intègrent quant à elles dans des projets de plus grande envergure. Dans tous les cas, l’emprise au sol reste faible, ce qui permet de poursuivre les cultures ou l’élevage sans interruption autour du mât.
Des revenus complémentaires et une rentabilité progressive
Au-delà des économies sur la facture électrique, l’éolien ouvre la possibilité de percevoir un loyer si le terrain est mis à disposition d’un opérateur pour un parc collectif. Ce complément de revenu s’avère particulièrement utile dans les périodes marquées par des aléas climatiques ou une hausse des intrants. Le surplus produit en autoconsommation peut également être injecté dans le réseau, offrant une rémunération supplémentaire.
L’association éolien et photovoltaïque mérite attention : les deux technologies se complètent selon les saisons et les conditions météorologiques, et leur combinaison optimise l’autoconsommation. Par ailleurs, les éoliennes fonctionnent entre 75 et 95 % du temps, avec des arrêts ponctuels pour maintenance ou en cas de vents extrêmes. La rentabilité d’un projet dépend du vent moyen sur le site, du dimensionnement retenu et du montage financier choisi.
Réglementation : ce qu’il faut anticiper avant de se lancer
Un projet éolien agricole ne s’improvise pas. Les démarches varient selon la taille de l’installation. Pour les nacelles dépassant 50 mètres de hauteur, une autorisation environnementale instruite par la préfecture est obligatoire. En deçà de 12 mètres de hauteur de mât, les formalités sont allégées, sauf si le terrain se situe dans une zone classée. Dans tous les cas, une distance minimale de 500 mètres par rapport aux habitations s’applique (niveau sonore mesuré à cette distance : environ 35 décibels, moins qu’une conversation normale).
Plusieurs études préalables sont requises pour les projets structurés : étude du potentiel éolien, inventaire naturaliste, étude paysagère et acoustique. La concertation avec les élus locaux, les riverains et les associations environnementales fait partie du processus. En fin de vie, les installations sont démantelées et le terrain restitué à l’agriculture. La réglementation prévoit désormais un taux de recyclabilité minimal de 55 % pour le rotor, une avancée notable pour la filière. La loi d’accélération des énergies renouvelables de 2023 a par ailleurs simplifié certaines étapes administratives, un signal positif pour les porteurs de projets.
L’éolien agricole s’installe durablement dans les stratégies des exploitants qui cherchent à maîtriser leurs coûts et à diversifier leurs activités. Avec près de 30 GW de capacité installée fin 2025 sur le territoire français, la filière offre des perspectives concrètes, à condition de bien préparer son projet en amont.

