Bouturage du chèvrefeuille pour couvrir un grillage disgracieux

Le bouturage du chèvrefeuille consiste à prélever un fragment de tige sur un pied mère pour obtenir un nouveau plant génétiquement identique. Appliqué à la couverture d’un grillage, ce procédé permet de produire plusieurs dizaines de plants sans achat en jardinerie, à condition de maîtriser le choix de l’espèce, le geste de coupe et le calendrier de plantation.

Chèvrefeuille grimpant : choisir l’espèce avant de bouturer

Toutes les espèces de chèvrefeuille ne conviennent pas au même usage. Pour habiller un grillage, seules les formes grimpantes volubiles présentent un intérêt, car elles s’enroulent d’elles-mêmes autour des fils métalliques sans fixation supplémentaire.

A lire également : Crottes de Loire et nuisances nocturnes, comment réagir vite ?

Lonicera periclymenum, le chèvrefeuille des bois, reste le choix le plus sûr pour un jardin en France métropolitaine. Espèce indigène, il attire les pollinisateurs et ne pose aucun problème de colonisation des parcelles voisines.

À l’inverse, Lonicera japonica (chèvrefeuille du Japon) figure sur les listes régionales d’espèces exotiques envahissantes établies par certaines DREAL et l’OFB. Certaines communes déconseillent sa plantation le long des clôtures pour protéger la flore locale. Le Conservatoire botanique national de Brest signale ce risque d’invasivité, notamment dans les haies voisines et les milieux naturels.

Lire également : Cochenille citronnier traitement naturel : que faire après une forte attaque ?

Avant de prélever une bouture chez un voisin ou dans un jardin partagé, il faut donc identifier l’espèce. Les feuilles de L. periclymenum sont vert bleuté au revers, non soudées à leur base, alors que celles de L. japonica restent vert vif et semi-persistantes.

Homme prélevant une bouture de chèvrefeuille grimpant sur un grillage métallique dans un jardin de banlieue

Bouture de chèvrefeuille : technique de prélèvement et enracinement

Le geste technique conditionne la reprise. Une bouture mal coupée ou prélevée sur un bois inadapté ne produira jamais de racines, quel que soit le substrat utilisé.

Quel type de bois prélever

En fin d’été, on travaille sur du bois semi-aoûté : la tige a perdu sa souplesse verte de printemps sans être devenue rigide et brune comme en hiver. Ce stade intermédiaire concentre assez de réserves pour alimenter la formation de racines adventives.

Repérez une tige latérale saine, sans fleur ni fruit, d’un diamètre proche de celui d’un crayon. Coupez un tronçon portant au moins trois paires de feuilles, juste sous un nœud. Retirez les feuilles de la paire inférieure pour dégager la zone d’enracinement.

Mise en substrat et conditions de reprise

  • Remplissez des godets de terreau mélangé à parts égales avec du sable grossier ou de la perlite, pour un drainage rapide qui évite la pourriture du talon.
  • Enfoncez la base de la bouture sur un tiers de sa longueur, tassez légèrement, puis arrosez sans détremper.
  • Placez les godets à mi-ombre, à l’abri du vent, et couvrez-les d’une cloche transparente ou d’un sac plastique perforé pour maintenir l’humidité autour des feuilles.
  • Aérez la cloche quelques minutes chaque jour pour limiter les moisissures. L’apparition de nouvelles pousses au bout de quelques semaines confirme que l’enracinement a démarré.

Le bouturage dans l’eau, souvent évoqué sur les forums, fonctionne pour obtenir de premières radicelles, mais les racines formées dans l’eau sont fragiles et s’adaptent mal au sol. Le passage direct en substrat drainant donne un système racinaire plus robuste dès le départ.

Planter les boutures de chèvrefeuille le long du grillage

Une fois les boutures enracinées, la plantation au pied du grillage obéit à quelques principes simples qui accélèrent la couverture.

Espacement et préparation du sol

Comptez environ un plant par mètre linéaire de grillage. Un espacement plus serré accélère l’occultation la première année, mais les plants finissent par se concurrencer pour la lumière et l’eau. Un plant par mètre offre un bon compromis entre rapidité de couverture et vigueur à long terme.

Le chèvrefeuille tolère la plupart des sols, mais la reprise est plus rapide dans une terre ameublie sur une trentaine de centimètres de profondeur. Ajoutez du compost mûr au fond du trou de plantation, posez la motte de la bouture, comblez, puis arrosez copieusement.

Paillage et guidage des tiges

Un paillage organique au pied (feuilles mortes, broyat de branches, paille) limite l’évaporation et maintient la fraîcheur racinaire, facteur déterminant pour une grimpante en cours d’installation. Un sol frais au pied stimule la croissance bien plus qu’un apport d’engrais.

Les premières tiges volubiles trouvent rarement le grillage seules. Attachez-les à la base avec un lien souple (raphia, ficelle de jute) sans serrer. Une fois qu’elles ont accroché les premiers fils, le chèvrefeuille s’enroule de lui-même vers le haut.

Vue de dessus de boutures de chèvrefeuille préparées avec hormone de bouturage et plateaux de multiplication sur table de jardin

Couvrir un grillage plus vite : associer le chèvrefeuille à d’autres grimpantes

Le chèvrefeuille seul laisse souvent des zones dégarnies durant la première saison de croissance. Des retours d’expérience de jardiniers en jardins partagés montrent qu’une association avec des grimpantes légères (clématites herbacées, pois de senteur vivaces) accélère l’occultation et donne un résultat plus homogène dès la deuxième année.

Cette combinaison présente un autre avantage : elle étale la floraison sur plusieurs mois. Le chèvrefeuille fleurit surtout en début d’été, tandis qu’une clématite herbacée peut prendre le relais jusqu’à l’automne. Le grillage devient alors un support vivant et changeant, pas seulement un écran vert uniforme.

Attention toutefois à ne pas associer deux grimpantes aussi vigoureuses que le chèvrefeuille. Un lierre ou une autre liane à forte croissance entrerait en compétition directe. Privilégiez des plantes à développement modéré, qui occupent les espaces vides sans étouffer le chèvrefeuille.

Calendrier du bouturage et de la plantation sur grillage

Le respect du calendrier évite les échecs les plus courants. Voici la séquence à suivre :

  • Prélèvement des boutures semi-aoûtées : entre mi-août et mi-septembre, quand les tiges ont durci sans être complètement lignifiées.
  • Enracinement en godet sous cloche : de la fin de l’été jusqu’au début de l’hiver. Les boutures passent leur premier hiver à l’abri du gel direct (serre froide, châssis, rebord de fenêtre non chauffé).
  • Plantation au pied du grillage : au printemps suivant, lorsque les gelées tardives ne menacent plus. Le sol réchauffé favorise une reprise rapide.
  • Couverture complète du grillage obtenue en deux à trois saisons selon la vigueur du cultivar, l’exposition et la qualité du sol.

Le bouturage de chèvrefeuille ne demande ni hormone de bouturage ni matériel coûteux. Le facteur limitant reste la patience : entre le prélèvement de la tige et le grillage entièrement masqué, il faut compter au minimum deux ans. Ce délai est le prix d’une couverture végétale durable, parfumée, et qui ne finira pas à la déchetterie comme un brise-vue en toile plastique.

D'autres articles sur le site